Titre: La Belle au Bois Dormant
Titre Original: Sleeping Beauty
Année: 1959
Box Office: 9 464 608 $ (USA)
Réalisateur: Clyde Geromini, Wolfgang Reitherman, Eric Larson
Scénaristes: Erdman Penner, Joe Rinaldi, Winston Hibler, Bill Peet, Ted Sears, Ralph Wright, Milt Banta
Récompense(s):Nominations meilleure musique aux Oscars et Grammy Awards (1960)
Casting: Mary Costa (Aurore), Bill Shirley (Philippe), Eleanor Audley (Maléfique), Verna Felton (Flora), Bill Thompson (Hubert), Taylor Holmes (Stefan)
Synopsis: Le film raconte les mésaventures de la jeune princesse Aurore, qui se retrouve maudit par Maléfique, sorcière de son état, dès sa naissance. Elle lui jette un sort particulièrement cruel: avant ses 16 ans, elle se piquera avec une aiguille et mourra sur le champ. Chassée du royaume, Maléfique ne perd cependant pas espoir de retrouver Aurore, disparue depuis ce jour fatidique. Mais en réalité, ce sont 3 bonnes fées étourdies qui l'ont élevés comme une paysanne pour éviter qu'elle rencontre l'amour et ne tombe dans un sommeil profond avant la venue d'un prince charmant. Lors de son anniversaire, alors qu'elle tente de revenir à son statut de princesse, Aurore rencontre un jeune prince dont elle tombe amoureuse. Malheureusement pour elle, Maléfique a compris le stratagème des fées et se prépare pour sa vengeance.
Critique: "La belle au bois dormant" fait bien sûr parti du panthéon des films cultes Disney. La raison principale ? Il date de 1959, soit un des plus vieux du studio d'animation, aux côtés de "Cendrillon" et "Blanche Neige". Mais franchement, est-ce une raison suffisante pour placer ce film comme l'un des meilleurs jamais faits ? En aucune façon, à la vue d'un résultat maigre, ne cherchant jamais la magie et la féerie présente dans d'autres films. Un parti pris de Walt Disney qui se révèle finalement encombrant et inutile.
Ne vous fiez surtout pas au titre et aux cinq premières minutes (lamentables en soit, surtout après l'ouverture et son livre – réel – dont les pages se tourne une par une): on pourrait croire que le conte de fée va prendre un contre-pied total avec ses prédécesseurs, alors qu'il se révèle d'un classicisme déconcertant. La belle Aurore est donc belle et bien réveillée pendant 50 minutes de film, avant le quart d'heure final où son prince charmant va tenter de la sauver. Et pendant toutes ces parties du film, on se demande ce que le film aurait pu être avec un vrai retournement de situation, à savoir la quête d'un prince à la recherche d'une princesse non maîtresse de la situation. Mais c'est peut être trop loin des objectifs du long métrage: plaire à la gentille famille en lui faisant parfois peur et en ridiculisant les personnages pour mieux faire rire.
Pour la première fois, un Disney possède des seconds couteaux insignifiants. Il faut dire que les fées, au nombre de 3, ne sont pas le meilleur atout du film, et occupent une place de confidentes très importante. Ne pouvant pas rester tranquille plus de 2 minutes dans un même place, ces boules de nerfs ambulantes tentent de faire des jeux de mot impressionnant de nullité et apportent à toutes les séquences une inutilité sans précédent. Le pire reste leurs conversations à 3, discutant dans le dos d'Aurore de sujets vides, surtout lorsqu'elle se rende compte qu'elles peuvent utiliser leurs baguettes magiques pour faire une robe et un gâteau. Mais finalement, dès leur apparition, on se dit qu'on va passer un mauvais moment: lorsqu'elles donnent des pouvoirs, on entre dans une sorte de mini galaxie où leurs paroles sont retranscrites en chanson (au cas où on aurait pas compris ce qu'elles font) avant de retomber sur le bébé Aurore, lui apportant beauté et voix parfaite. Le must reste leur conversation où elles réfléchissent sur la malédiction d'Aurore et pensent qu'il serait mieux de la transformer en rose. Hilare, le spectateur peut vraiment se demander si les fées sont là pour apporter quelque chose à l'histoire ou juste pour faire jolie. Au vu des autres personnages, on se poser la question.
En toute sincérité, même le reste est assez consternant. Le récit, mal rythmé, ne sait pas utiliser tout son potentiel et transforme les scènes parfois bien écrites (la bataille de fées dans leur petite maison) en des pastiches de contes de fées, accumulant quelques clichés. Des clichés parfois "efficaces", parfois non. Dans le premier cas, il s'agit essentiellement de la séquence où une partie des animaux de la forêt s'amuse avec Aurore, allant même jusqu'à déguiser un hibou avec une cape et des bottes. Des animaux animés parfaitement, tout comme la robe d'Aurore ou les décors incroyablement fluides et profonds. L'autre cas de personnages apparaissant est dû à un remplissage pur et dur, symbolisé par ce pauvre prince qui se voit relevé son intérêt dans la dernière partie du film, 15 minutes exemplaires où on voit comment la quête aurait pu être traité avec 30 minutes de plus. Se battant contre un dragon et tentant de rejoindre Aurore, le prince est vu tout le reste du film comme un type qui ne sait pas où il est, attiré par une voix au loin et qui communique avec son cheval (ah oui, les animaux comprennent le langage des humains et font de l'humour). Il n'hésite d'ailleurs pas à danser avec elle de façon totalement ridicule, pensant la séduire en 2/3 mouvements, juste en disant qu'il a rêvé d'elle. Si c'était aussi simple dans la vie réelle, on le saurait, et pourtant ce stéréotype usé jusqu'à la moelle (tu es belle, tu es princesse, je t'aime) dans les contes de Perrault est aussi une propriété de "La Belle au Bois Dormant".
La seule à s'en sortir, que ce soit dans son univers à part ou dans son traitement, est Maléfique. Une méchante charismatique, diabolique, avec des airs hautains et fantasmagoriques. Le style de décor l'entourant colle parfaitement à ce personnage: une ambiance verdâtre et oppressante, un château d'une noirceur incroyable, et des détails graphiques très travaillés. En plus de cela, son entourage reste particulièrement noir (des cochons sur pattes et un corbeau un peu trop intelligent) et même dans la moindre de ses paroles ou actions, elle dégage un sadisme incroyable. La preuve avec sa première apparition, où elle n'hésite pas à maudire un petit bébé qui se tient devant elle avant d'éclater de rire devant ses parents, ou même à hypnotiser la pauvre héroïne pour l'endormir une bonne fois pour toute. La seule grosse qualité du métrage ? Assurément.
Il faut aussi rajouter des dialogues approximatifs et creux, d'autres personnages inutiles (l'accord entre les deux rois, qui va obliger Aurore à se marier avec un inconnu, mais on voit le truc arriver dès le début: l'inconnu est en faites le prince dont elle est amoureuse, donc tout est bien qui fini bien) et surtout des chansons inaudibles et toujours aussi niaises. Reste la magnifique Maléfique, quelques bonnes idées (dans les peintures de fond par exemple) et des blagues qui marchent parfois (la couleur de la robe qui change même dans la danse finale à cause des fées bleues et roses). Mais le reste vole bien bas.


